Disparition d'une femme juriste inspiratrice - Message de la présidente du Forum des femmes juristes - ABC-Québec

  • 21 septembre 2020
  • Me Patricia Gamliel, présidente du Forum des femmes juristes de l'ABC-Québec,

 

 

 

 

FORUM DES FEMMES JURISTES – ABC-Québec

MESSAGE DE LA PRÉSIDENTE

DISPARITION D’UNE FEMME JURISTE INSPIRATRICE

Nous vivons, actuellement plus que jamais, une période aux nombreux défis. Bien au-delà de la pandémie, 2020 aura été une année de changements qui, à bien des égards, marqueront nos mémoires et celles des générations à venir.

À sa longue liste de rebondissements, la nouvelle du décès de l’honorable Ruth Bader Ginsburg, née Joan Ruth Bader, nous a tous pris par surprise. Bien que savions que celle que tout le monde surnommait la célèbre RGB (The Notorious RGB) nous quitterait un jour prochain, son départ, aussi prévisible était-il, demeure une grande perte pour la société moderne.

L’honorable Ruth Bader Ginsburg est décédée le 18e jour de septembre au soir, alors que bon nombre de juristes israélites, comme elle, entamaient, ce soir-là, une nouvelle année.

L’admiration que nous avons pour cette femme demeurera, malgré son décès, très présente. Cette avocate issue d’un milieu humble devenue la seule enfant d’un père veuf à la fin de ses études secondaires s’est rapidement démarquée par sa persévérance, sa lutte contre la discrimination sexiste et son parcours qui fût brillant, malgré les nombreuses embûches auxquelles elle dut faire face en tant que femme.

En effet, avocate, juriste, professeur d’université, puis juge et, enfin, depuis 1993, membre de la Cour Suprême des États-Unis, l’honorable Ruth Bader Ginsburg est devenue une figure progressiste de la lutte pour l’égalité des sexes, aujourd’hui qualifiée dans la presse de « superhéroïne en toge ».

Le parcours de la vie professionnelle de RGB sera, à ses débuts, typique de la réalité de nombres de femmes à la fois juristes et mères de famille. Alors qu’elle est l’une des 9 femmes qui entrent à Harvard sur 500 étudiants qui se font dire qu’elles prennent la place d’un homme compétent et qu’elle finira ses études, première de sa promotion, elle ne trouvera pas d’emploi.

La disparité de traitement que vivaient alors les femmes juristes, comme elle, est d’autant plus poignante que son époux, lui aussi juriste, accèdera rapidement à un poste d’associé dans un cabinet prestigieux. Cette discrimination la propulsera dans un combat pour la parité des lois avec la fondation du Women’s Rights Projects dans les locaux de l’Union Américaine des Libertés Civiles.

Sur plus de 300 cas de discrimination sexiste, elle en mènera 6 jusqu’à la Cour Suprême des États-Unis, où elle en remportera 5, devenant une juriste pionnière de la lutte juridique du droit à la non-discrimination sur la base du sexe, dès 1971, avec la fameuse cause Reed c. Reed.

Quatre ans plus tard, elle sera nommée juge à la Cour d’appel pour, finalement, arriver à la Cour Suprême où elle sera la deuxième femme à y avoir siégée dans l’histoire du pays.

Connue pour ses positions judiciaires dissidentes, ces dernières, souvent, ont concerné les droits des femmes, le droit à l’égalité, la primauté du droit. Même en public, elle fera, de temps à autre des remarques devenues célèbres. Par exemple, en 2009, au sujet de l’avortement, elle déclarera que « le gouvernement n’a pas à faire ce choix pour une femme ».

Parmi ses déclarations les plus rapportées, on y retrouve toujours les valeurs issues de son expérience de vie :

« Le piédestal sur lequel les femmes ont été placées, inspecté de près, s’est souvent révélé une cage.

Lorsque l’on me demande quand je pense qu’il y aura suffisamment de femmes sur le banc (la Cour Suprême), les gens sont choqués que je réponde 9, pourtant, il y a déjà eu 9 hommes et personne n’a jamais questionné ce fait.

Les femmes sont à leur place partout où des décisions sont prises. Les femmes ne devraient pas être une exception » (notre traduction)

Les communautés de juristes à l’échelle internationale seront, à jamais, redevables à RBG qui a pavé la voie de la lutte, toujours en évolution, vers un monde meilleur.  RBG ne va pas nous manquer puisqu’elle va continuer, à travers ses accomplissements et ses enseignements intemporels, à être bien présente et à influencer les femmes juristes à prendre la place qui leur revient de droit.

Nos plus sincère condoléances à sa famille.

Patricia Gamliel

Présidente Forum des femmes

Association du Barreau Canadien, Division du Québec