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Remettre le système en phase avec la réalité et les besoins en immigration

23 juin 2026

Ce texte a été publié dans la version web et la version papier du Devoir, le 23 juin 2026

Bien qu’elle fasse moins les manchettes, la pénurie de main-d’œuvre continue de frapper plusieurs secteurs de notre économie : santé, services sociaux, manufacturiers et justice. Or, les délais prolongés, les seuils restrictifs et les revirements successifs freinent la capacité du Québec à attirer et à retenir les travailleurs dont il a besoin.

Comme plusieurs experts l’ont souligné, l’immigration constitue un levier important — bien qu’il ne soit pas le seul — pour soutenir l’activité économique et répondre aux besoins du marché du travail. Encore faut-il que les mécanismes en place et la volonté politique permettent réellement d’y parvenir.

Dans ce contexte, l’annonce de la réouverture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour deux ans, sans plafond au nombre de dossiers, constitue un signal encourageant. Cette décision va dans la bonne direction, mais elle ne saurait faire oublier l’importance d’un système d’immigration stable, prévisible et cohérent.

À l’aube des élections provinciales de 2026, l’Association du Barreau canadien, Division du Québec (ABC-Québec) réitère l’importance de politiques d’immigration mieux adaptées aux réalités et aux besoins du Québec.

La pénurie de main-d’œuvre dans les services essentiels

Le secteur de la justice fait face à des défis majeurs de recrutement et de rétention. Selon le ministère de la Justice, plus de 770 départs ont été enregistrés dans les palais de justice du Québec entre avril 2023 et janvier 2025.

Dans un contexte de vieillissement de la population active et de rareté persistante de la main-d’œuvre, la relève demeure un enjeu central. Un système de justice privé d’une partie de ses travailleurs risque de ralentir l’accès au droit pour les citoyens. Les politiques d’immigration doivent donc faire partie des solutions.

L’ABC-Québec sonne l’alarme depuis 2023. Lors des consultations sur la planification de l’immigration pour 2024-2027, la Division relevait déjà le décalage entre les besoins du marché du travail et les mécanismes de sélection et d’admission.

Les choix politiques actuels accentuent les effets de la pénurie

Le Québec affirme vouloir attirer des talents, et de nombreux travailleurs étrangers souhaitent s’y établir. Pourtant, le système actuel peine à traduire cet intérêt en réponse durable à la pénurie.

L’instabilité des politiques des dernières années a nui à la crédibilité du système d’immigration québécois. La suspension, puis la fermeture et la réouverture annoncée du PEQ en sont un exemple concret. Si cette réouverture doit être saluée, elle rappelle surtout la nécessité d’éviter les revirements successifs et d’offrir aux candidats comme aux employeurs un cadre clair et prévisible.

La combinaison de seuils restreints, de délais prolongés, de critères exigeants et de multiples modifications aux programmes crée un écart entre les objectifs affichés par le gouvernement et les résultats observés.

Qui plus est, le système s’éloigne de ses propres engagements. Dans le cadre de l’Accord Canada-Québec de 1991 sur l’immigration, le Québec s’est engagé à accueillir une proportion d’immigrants correspondant à son poids démographique au sein du Canada. Les besoins sont là. Pourtant, les niveaux d’admission actuels demeurent inférieurs à cet objectif.

Des délais qui nuisent à l’attractivité

Les délais de traitement des demandes d’immigration à destination du Québec figurent parmi les plus élevés au Canada. Ces conditions fragilisent les projets d’établissement et peuvent avoir un effet dissuasif, au moment où les travailleurs qualifiés sont fortement sollicités ailleurs au pays.

La situation du regroupement familial l’illustre bien. En juillet 2025, le gouvernement du Québec annonçait avoir atteint son quota 2024-2026, suspendant jusqu’au 25 juin 2026 la réception de nouvelles demandes d’engagement pour certains membres de la famille. Plusieurs familles font désormais face à des délais pouvant dépasser quatre années avant d’être réunies.

L’ABC-Québec appelle donc à une réouverture ordonnée et prévisible du système, notamment par un mécanisme d’invitations échelonnées fondé sur la date de confirmation d’admissibilité fédérale et accompagné d’un calendrier clair communiqué par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

Des choix qui façonneront le Québec de demain

À l’approche des élections, les orientations en immigration méritent une attention particulière, puisqu’elles auront des effets durables sur notre économie, nos institutions et notre capacité à relever les défis à venir.

En cette année de son 75e anniversaire, l’ABC-Québec rappelle qu’un système d’immigration cohérent et prévisible est aussi un enjeu d’accès à la justice. Dans un contexte de pénurie persistante, attirer et retenir des travailleurs qualifiés contribue directement au bon fonctionnement de notre société.