Prix Rajpattie-Persaud et Prix Jules-Deschênes : derrière les statuettes, les œuvres de l’avocate magnanime et du juge audacieux

  • 25 mars 2014
  • Josée Descôteaux - ABC-Québec

Elle portait en elle cette flamme affable qui la poussait à donner son temps et son cœur aux femmes et aux jeunes démunis, même si la plus grosse part de ses journées était consacrée à la défense des droits de la famille. Me Rajpattie Persaud est décédée en 2011 mais sa grandeur est immortalisée, incarnée dans le nom de l’un des prix de l’ABC-Québec.

Il a pris à bras-le-corps (et le cœur) des dossiers lourds tels que le jugement de criminels de guerre et l’épineuse question des droits linguistiques. L’indépendance de la magistrature et le droit international portent son empreinte. L’Honorable Jules Deschênes nous a quittés en 2000. Pour les récipiendaires du prix qui porte son nom, l’honneur est magistral : il fut l’un des juges les plus marquants de la communauté juridique québécoise.

Voici un aperçu des parcours de ces deux juristes dont les noms respectifs sont attachés aux deux statuettes qui seront remises lors de notre Dîner présidentiel, le 15 mai 2014, avec le Prix d’excellence des sections de droit et le Prix Étudiant – Engagement social. La période de mises en candidature se termine le 31 mars 2014.

Les couleurs d’une avocate généreuse

Le droit fut pour Me Rajpattie Persaud une « seconde vie professionnelle », qu’elle a embrassée à l’âge de 45 ans. Après avoir travaillé à titre d’employée de banque dans son pays natal, la Guyane anglaise, elle a choisi les études en médecine aux États-Unis. « Elle a réalisé que cette carrière n’était pas pour elle et elle a quitté après deux ans, raconte son époux, M. Paul Billette. Elle est venue au Canada en 1969 ».

Après un baccalauréat en sciences politiques à l’Université Concordia, elle s’est tournée vers les études en droit civil et en common law à McGill. Les racines de son attrait pour cette profession? Elle les exprimait clairement dans le cadre d’une entrevue accordée au Journal du Barreau en 2006 : « Je suis devenue avocate parce que c’est avec le droit que l’on peut le mieux s’élever contre l’injustice, établir et protéger les valeurs qui nous tiennent à cœur ».

Elle fut admise au Barreau du Québec en 1991 et au Barreau de New York un an plus tard. « C’était un défi personnel, parce que le Barreau de New York est très sélectif… », explique son époux.

Elle a pratiqué le droit de la famille – auquel s’est greffé ultérieurement le droit des aînés – dans son propre bureau, ouvert en 1992, jusqu’à ce qu’une méningite bactérienne l’emporte en juin 2011. Elle était âgée de 64 ans.

« Elle était flamboyante; elle portait des vêtements colorés et elle était très énergique… Ses clients l’aimaient beaucoup », se rappelle Christiane Boucher, réceptionniste chez Sternthal Katznelson Montigny, le cabinet où Me Persaud louait le local de sa pratique.

Elle aura aussi ajouté de la couleur aux vies souvent grises ou noires de femmes de la rue et de jeunes démunis, en oeuvrant bénévolement, pendant plusieurs années, au sein des organismes Chez Doris et À deux mains. Ce don de soi lui a valu le Prix Pro Bono de l’ABC-Québec en 2006.

Le juge qui ouvrait les portes

« C’était un homme qui n’avait pas peur de se saisir de dossiers lourds et porteurs d’enjeux importants pour la Cour et pour la société en général, pour lesquels il faut des juristes aguerris, qui ont une bonne capacité de décision. »

Ces paroles sont prononcées sans hésitation par Me Gilles Tremblay, qui fut l’adjoint exécutif du juge Jules Deschênes, de 1977 à 1983, alors qu’il était juge en chef à la Cour supérieure du Québec depuis 1973.

Admis au Barreau en 1946, il fut Maître Jules Deschênes pendant 25 ans (il fut notamment procureur de la Commission d’enquête chargée de la révision de l’affaire Coffin), avant d’être nommé juge à la Cour d’appel du Québec en 1972. Il fut par la suite président de la Commission d'enquête sur les criminels de guerre au Canada, en 1985 et 1986.

Il a également siégé à titre de juge élu par l'Assemblée générale des Nations unies au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (de 1993 à 1997) et il fut professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.

« C’était un homme d’une intelligence, mais également d’une intelligence juridique supérieures, il était exceptionnel au plan intellectuel», souligne Me Tremblay, qui est aujourd’hui adjoint exécutif du juge en chef de la Cour supérieure, l’Honorable François Rolland.

La grève des employés d’entretien de la STCUM, en 1974, l’enjeu brûlant des droits linguistiques, de même que l’indépendance des terres innues (qui l’ont mené à la rédaction de Maîtres chez eux, un des ouvrages dont il est l’auteur), comptent parmi ses faits d’armes.

Impossible de passer sous silence sa contribution à l’avancement de l’indépendance des tribunaux, que souligne d’ailleurs Me Tremblay.

En 1989, on lui a décerné la Médaille du Barreau du Québec, la plus haute distinction offerte par l’organisation, pour souligner sa contribution remarquable à l'avancement du droit.

« C’était un gestionnaire rigoureux; il a fait de son mieux avec les effectifs dont il disposait à l’époque ». Ses efforts l’ont mené à des sommets qui auront marqué l’univers juridique du Québec.